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Acide & Museau

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La colère est une courte folie

Nick, Laurence & rock 'n' roll - Acte II

Publié par The Thin White Plouc sur 2 Mars 2013, 15:08pm

Laurence K. Romance : Vas-y, rentre, je nous ai acheté une bouteille pour tous les deux finalement.

Chic ! On va se marrer, c'est gentil d'y avoir pensé !

(Laurence est aussi avenante en vrai que par mail, ce qui n'est pas une surprise. Au bout du couloir, qui sert d'entrepôt de stockage aux cassettes V.H.S. du couple, trône Nick qui me toise du fond de son fauteuil, un spliff à la main. L'appartement est douillet, on s'y sent bien. C'est un peu le bordel organisé, mais je ne suis pas venu passer la soirée chez mon correspondant suisse. La bibliothèque est fournie, je n'ose y jeter un œil car je suis là pour bosser, la rédaction d'Acide et Museau m'ayant collé une énorme pression.)

Hi Nick, pleased to meet you!

Nick Kent : Hi Thin White Plouc, I'm glad to meet you too.

L. K. R. : Il faut que je te dise, Nick adore ton pseudo. Il aime le mot plouc, qui est l'un de ses préférés de la langue française.

N.K. : C'est l'un des premiers mots que j'ai connus en français. Plouc. Plouc. Plouc. Plouc...

(Nick Kent prononce "pelouc" avec un délicieux accent londonien. C'est pas évident à retranscrire avec un clavier, les accents. Nous ne parlerons qu'anglais pendant la soirée. Je me suis donc fait chier à tout traduire et, si ça se trouve, je vais raconter de grosses conneries parce que je n'ai pas compris tout ce qu'il disait. Il me semble avoir compris à un moment que Nick aimait bien Margaret Thatcher et qu'il la trouvait excitante, mais je n'en suis pas tout à fait sûr.)

J'ai trouvé ce pseudo débile en quelques secondes. Il se trouve que j'aime beaucoup Bowie et que je suis né en 1976. Alors voilà, Station to Station, et donc "The Thin White Plouc".

N. K. : Station to Station est mon album préféré de David. J'aime beaucoup "Heroes" aussi, peut-être plus que Low. On trouve de très bonnes choses sur Scary Monsters également.

(Incroyable. J'ai eu involontairement du flair en choisissant ce nom de plume. Si j'avais pris Kokinedu59 comme pseudonyme, qui était mon choix initial, je pouvais probablement me mettre mon invitation chez les Kent dans le gagne pain et me rabattre sur une soirée avec un stagiaire de Hot Vidéo : la loose.)

The Thin White Duke, à l'époque, est au régime sec : poivrons, lait frais et cocaïne. Miam !

The Thin White Duke, à l'époque, est au régime sec : poivrons, lait frais et cocaïne. Miam !

L. K. R. : Allez, on boit un coup ?

C'est parti ! Bon, vous avez l'air en forme tous les deux !

N.K. : Merci, ça me fait plaisir d'entendre cela. Laurence a eu quelques problèmes de santé...

L. K. R : J'ai le dos totalement niqué.

NK : On a tous chopé la grippe et cet hiver sans fin me tape sur le système. Donc on se retape à la maison. Ca fait 20 ans qu'on est ensemble, depuis décembre 1988. Ah non, ça va faire 25 ans en fait...

L. K. R. : Quelle patience j'ai eue...

N.K. : Je ne sais pas comment j'ai fait. (rires.)

Nick, tu ne bois pas alors ?

N.K. : Je n'aime pas cela. Lorsque j'avais 18 ans, avec ma première copine, on buvait du vin australien à s'en rendre malade. C'était horrible. Le vin français était trop cher…

Je ne supporte pas le goût de l’alcool et encore moins ses effets. Après, j'ai découvert le cannabis, qui me convenait parfaitement. J'étais dans le contrôle total.

Lorsqu'il m'arrivait de perdre le contrôle en ayant bu, cela se passait très mal. Et j'ai vite su que si je continuais de la sorte, j'allais me mettre tôt ou tard dans des situations merdiques. Bon, il se trouve que je me suis mis dans des situations merdiques par la suite, mais avec d'autres substances ! (rires.)

J'ai eu du bol de ne jamais sombrer dans la boisson. La plupart des gens qui développent une dépendance à l'héroïne deviennent alcoolos lorsqu'elles arrêtent. Pas moi. J'ai eu beaucoup de chance...

Tu étais pourtant timide étant jeune ? L'alcool permet de surmonter cela d'une certaine manière.

N.K. : Absolument, j'étais très timide. Mais il y avait d'autres produits à l'époque. Tu connais les pilules style Quaaludes ou Mandrax ? Leurs effets secondaires étaient similaires à ceux de l'alcool : absence totale d'inhibition. Ces pilules n'entrainaîent ni couperose, ni mauvaise haleine. Bien plus fortes que du Xanax.

Parlons de votre fils, à présent ! Il verse toujours dans le death metal ou le grindcore ?

L. K. R : Jimmy a 20 ans et compose de la dark and retrofuturistic music inspired by the 80's planante sous l'alias Perturbator avec Vangelis (Nick lève les yeux au ciel) et John Carpenter pour influences majeures. L'un des guitaristes du groupe les délaisse et les autres tirent un peu la tronche. Le coup classique dans un groupe de rock. En plus, le mec leur reproche de ne pas assez soutenir sa carrière solo ! (rires.)

N.K. : La situation rappelle Neil Young quittant Crosby, Stills & Nash.

(Nick est ceinture noire de punchlines, on se marre beaucoup et Laurence nous ressert un godet. Je pensais qu'on allait écouter du rock en discutant, mais non. Une saison de Dexter que je n'ai pas vue passe sur la télé avec le son très bas.)

De gauche à droite : un éléphant de mer, un buffle et une moitié supérieure de coton-tige. Neil Young s'est fait porter pâle.

De gauche à droite : un éléphant de mer, un buffle et une moitié supérieure de coton-tige. Neil Young s'est fait porter pâle.

L. K. R : Il ne nous a rien dit, il bosse dans son coin dans sa chambre sur ses ordinateurs, on a su qu'après qu'il composait. Il a produit la musique d'un jeu vidéo qui a bien cartonné, Hotline Miami, et on commence à parler de lui dans la presse internationale. Le petit Frenchie... Le petit half-Frenchie plutôt.

Jimmy se balade dans Paris en short quel que soit le temps, les gens se foutent de sa gueule mais il assume totalement. Il est fasciné par la B.O. de Blade Runner.

Cette B.O. de Vangelis est fantastique. J'imagine que James lit et écrit comme ses parents : est-ce bien le cas ?

N.K. : Non, il ne lit pas. Il préfère passer son temps la tête dans son ordinateur. J'aimerais qu'il s'immerge dans les livres, c'est une expérience tellement merveilleuse.

L. K. R. : C'est mal barré pour qu'il s'y mette... Il a quand même lu les bouquins de Nick et est fier de son père. De sa mère aussi !

N. K. : Il ne m'a jamais dit qu'il avait lu mes bouquins ! Je n'ai jamais osé lui dire en face : « lis mes putains de bouquins ! »

Il avait quinze ans lorsque j'ai écrit Apathy for the Devil et, tu sais, lorsque j'avais cet âge, je vivais déjà dans un monde différent de celui de mes parents. Je construisais alors ma propre personnalité. Ce moment où tu dis à tes parents : « vous m'avez assez couvé... » C'est une période de rébellion naturelle. Laurence était plus proche de Jimmy lorsqu'il était ado.

L. K. R. : On aimait le Metal, lui et moi !

N. K. : C'est vrai, il y avait cette espèce de connexion Metal entre Laurence et lui. Il méprisait la musique que j'aimais : « Tu aimes ces vieux cons de Rolling Stones ! Ils sont nuls et les types de Led Zeppelin ne valent pas mieux ! »

Même Led Zeppelin, mon Dieu... « Si ce Robert Plant ose entrer dans cette maison, je me tire ! »

Tu te rends compte ? Il m'a dit un jour : « Comment peux-tu aimer un connard prétentieux et ringard comme James Brown ? » (rires.)

L. K. R. : Lorsque Nick matait des DVD avec ses potes comme Woodstock ou le Festival de l'île de Wight, Jimmy sortait de la chambre par surprise en gueulant : « Bande de vieux hippies ! Bande de vieux hippies ! »

(Il me revient à l'esprit l'un des plus beaux passages d'Apathy for the Devil : « La naissance de mon fils James en 1993 est la cerise sur le gâteau. Suivant l'exemple lennonien de l'homme au foyer, je change ses couches et l'emmène au parc. A l'opposé de tout ce qui précède dans ces pages, ce seront les moments passés avec mon petit garçon qui me reviendront juste avant mon dernier souffle. »)

Cliquez sur PLAY puis continuez la lecture de l'entretien. Auparavant, jettez un œil à la magnifique veste frangée de Roger Daltrey qui a visiblement perdu un pari. On voit les quatre Who jouer ensemble à 3 mn 27 s et ce n'est pas de la musique de vieux hippies !

N. K. : J'ai déjà surpris Jimmy écoutant Gimme Shelter, Subterranean Homesick Blues et Cortez the Killer sur son ordinateur. Ce n'est pas un spécialiste de cette période musicale non plus, mais il possède quelques morceaux. Bien sûr, j'aimerais qu'il écoute les albums en entier.

Laurence, en rangeant sa chambre il y a quelques jours, est tombée sur Fun House. Je ne sais pas s'il l'a écouté. Nous sommes différents lui et moi : quand j'entendais un morceau qui me plaisait, j'étais très curieux et voulais tout écouter de l'artiste ou du groupe. Il me fallait tous les enregistrements et toutes les informations disponibles. Cela demandait beaucoup d'efforts car Internet n'existait pas, bien sûr. C'est un point commun à tous les amoureux de la musique. Tu entends un morceau et te sens bien : rien n'est plus fort que cela. Et ensuite, tu veux tout savoir.

Laurence et moi avons construit notre carrière de rock-critics en nous plongeant littéralement dans cette matière qu'est la musique, en prenant notre sujet à bras le corps et en nous rapprochant le plus possible des musiciens, de leur personnalité et de leur œuvre.

L. K. R. : Je ne suis pas d'accord ! Jimmy a une connaissance encyclopédique de Mike Patton ou Dillinger Escape Plan.

N. K. : Parce qu'il est fan ! Je n'avais pas besoin d'être fan d'un groupe pour m'y intéresser, je voulais toujours en savoir plus, et écouter tout les albums, connaître toutes les informations !

Il paraît difficile de connaître et comprendre l'oeuvre d'un artiste en ne regardant que ses vidéos sur YouTube. De plus, Itunes permet d'acheter des titres à l'unité, sans se procurer la totalité de l'album dont ils sont extraits.

N. K. : Je me suis mis à utiliser mon ordinateur pour de bon il y a maintenant 18 mois, surtout pour aller sur YouTube. J'ai l'impression d'être dans la caverne d'Ali Baba : on y voit des vidéos de Moby Grape alors que je ne les ai jamais vus en concert. Tout ces trucs sixties oubliés... Quelle mine pour les nouvelles générations ! Tous ces trésors à portée de doigts...

Quand j'étais gamin, je m'intéressais à John Coltrane et j'essayais de mettre de côté de l'argent que je n'avais pas pour me procurer ses albums. Lequel acheter parmi tout les enregistrements disponibles ? Ses premiers enregistrements ? Ou les plus fameux, comme A Love Supreme ? Comment savoir ? Il n'y avait rien pour m'aider dans mes choix.

Ce pauvre John Coltrane s'est fait molester en studio par Miles Davis parce qu'il bouffait ses crottes de nez.

Ce pauvre John Coltrane s'est fait molester en studio par Miles Davis parce qu'il bouffait ses crottes de nez.

Aujourd'hui, il suffit de se connecter à ce putain d'Internet, de lire la notice Wikipedia pour connaître les plus belles œuvres de Coltrane, puis de les écouter en ligne. En cela, c'est formidable !

A treize ans, j'ai entendu les Byrds pour la première fois, mon groupe favori, toutes époques confondues. Plus que les Rolling Stones, plus que les Beatles, plus que n'importe quel putain d'autre groupe. J'adorais leur musique, et plus particulièrement celle de la période avant qu'ils ne virent David Crosby (l'éléphant de mer sur la photo ci-dessus). J'aime bien aussi ce qu'ils ont fait avec Gram Parsons mais ce n'était déjà plus le même groupe en 1968.

Je n'avais jamais rien entendu d'aussi beau lorsque Mr. Tambourine Man est passée pour la première fois à la radio. Je n'avais pas de photo, aucune information. Pendant trois mois, je n'avais que cette chanson venue de l'Ouest américain qui me ravissait, un seul foutu titre. Il n'y avait pas de vidéo-clip et mon imagination s'est appropriée ce morceau.

Cette super reprise de Bod Dylan parue en 1965 ne doit pas occulter le reste de la discographie des Byrds : tout est génial de 1965 à 1968, ce qui fait tout de même six albums à réécouter ou découvrir.

N. K. : Si les Byrds se lançaient aujourd'hui, il suffirait de te foutre sur un ordinateur et de taper les lettres B. Y. R. D. et S. et hop : YouTube te proposerait les vidéos, les lives, les sonneries de téléphone, les démos et à la fin, tu te dirais « Bien, bien, c'est ça les Byrds, maintenant je les connais. »

Lorsque notre attention capte quelque chose qui nous touche, une information ou autre, un mystère se crée et stimule notre imagination. Et c'est bien en cela que le rock est excitant : c'est une étincelle qui enflamme l'imagination.

Sur Internet, tout est là : trop d'informations rendent les gens blasés (en français dans le texte).

J'ai vécu la même chose que Nick avec les Byrds quand j'avais neuf ans. Sauf que mes Byrds étaient les Cure et Simple Minds. Et toi, Laurence, comment t'es-tu mise à écouter de la musique ?

L. K. R. : Je vivais dans un bled paumé du Pas-de-Calais : Rock & Folk et Best n'arrivaient pas jusque là, tu penses bien ! Ce patelin n'était ravitaillé que par les corbeaux. J'ai dû faire mon éducation musicale avec le magnétophone à bandes de mon frère. Je me souviens avoir découvert le MC5 et les Stooges par ce biais, mes premiers souvenirs de rock. Il écoutait également des merdes style Ten Years After. Bon, je n'écoute pas que des trucs bourrins, j'aime plein des d'autres choses. On a le droit d'avoir des sentiments ! C'est ce que me disait mon fils lorsqu'il était plus jeune et qu'il écoutait Robbie Williams !

Pour en revenir à Internet, je ne l'utilise pas de cette manière là, je me discipline pour ne pas m'éparpiller. Puisqu'on parle du Net, les innombrables blogs et sites musicaux sont un plus même s'ils mettent en péril la profession même de rock-critic. Comme pour les maisons de disques, c'est la médiocrité de ceux qui l'exercent qui est à l'origine de leur chute.

Il n'y a pas de compétition entre un mec qui tient un blog et quelqu'un qui, comme Nick ou moi, écrit sur commande sur un sujet bien précis. La responsabilité d'Internet n'est pas à mettre en cause.

On reparlera de ta jeunesse plus tard. Pour en revenir à ce que tu disais sur le journalisme musical, plus personne n'achète, au hasard, les Inrocks pour se faire une idée sur la qualité d'un disque.

L. K. R. : Là, tu as choisi le pire exemple !

N. K. : Les lecteurs du NME ne lisaient pas forcément la presse pour se faire une opinion sur un album mais plutôt pour obtenir des informations qui n'étaient pas disponibles ailleurs.

Si le NME se vendait à 300 000 exemplaires chaque semaine dans les années 70, ce n'est pas grâce à des gens comme Ian McDonald ou moi. Seuls 30 000 lecteurs se le procuraient parce que j'y écrivais des articles. Les autres l'achetaient pour savoir qu'elle était la nouvelle coupe de cheveux de David Bowie et pour regarder les photos.

Je n'invente rien, des sondages l'ont prouvé.

L. K. R. : C'est une bonne leçon de modestie !

N. K. : Absolument !

Le New Musical Express (NME) est un hebdomadaire britannique consacré à la musique. Il connut son apogée dans les années 70, grâce aux plumes talentueuses de Nick Kent et Charles Shaar Murray notamment.

Le New Musical Express (NME) est un hebdomadaire britannique consacré à la musique. Il connut son apogée dans les années 70, grâce aux plumes talentueuses de Nick Kent et Charles Shaar Murray notamment.

30 000 personnes achetaient le NME pour te lire ? Mais c'est génial !

N. K. : Oui, c'est suffisamment peu pour avoir fait de moi un mythe vivant, au même titre que Captain Beefheart !

C'est vrai, tu es un écrivain culte.

N. K. : Cela n'est pas complètement faux. Kenneth Williams, un type très drôle qui a été le premier acteur britannique à incarner un gay à l'écran, disait de lui : « I'm the biggest cult you'll ever fuckin' see! » et tout le monde entendait cunt à la place de cult, bien sûr.

Et bien moi, c'est pareil (il prend une grosse voix) : « I'm the biggest cult you'll ever fucking meet! » (rires.)

Bon, c'est plutôt agréable d'être un mythe, je ne le cache pas. A mon époque, les Stooges ne vendaient pas plus de 500 disques alors que Jethro Tull en vendaient 55 millions. Aujourd'hui, qui se souvient de Jethro Tull et qui se souvient des Stooges ? La messe est dite.

Je préfère vous foutre une vidéo de Iggy Pop et des Stooges plutôt que de Jethro Tull et son affreux joueur de flûte.

Iggy Pop est depuis devenu homme-sandwich pour les Galeries Lafayette et SFR.

N. K. : Je vais te raconter une anecdote sur Iggy qui à mon sens en dit beaucoup sur le personnage. Déjà, il faut savoir qu'il est américain et qu'il est très à droite. Certes, il n'est pas non plus aussi extrémiste que Ted Nugent.

L. K. R. : C'est difficile d'être aussi réac que Nugent !

Ted Nugent est un hard-rocker qui ferait passer Sarah Palin pour une progressiste. Il adore les armes à feu. La vie est trop courte pour que vous écoutiez ses albums.

Ted Nugent est un hard-rocker qui ferait passer Sarah Palin pour une progressiste. Il adore les armes à feu. La vie est trop courte pour que vous écoutiez ses albums.

N. K. : Iggy est un capitaliste pur et dur. « Je suis là pour la thune. Je vous interdis de me traiter de vendu, je suis Iggy Pop et je fais ce que je veux, bordel ! Et si je veux me couvrir de ridicule en faisant une pub payée un demi-million d'euros pour deux jours de boulot et bien je vais la faire, et je me branle de ce que vous pourrez dire ! »

En 1973, j'ai passé du temps chez Iggy à Hollywood. On regardait la télé la nuit en prenant des drogues et des publicités étaient diffusées toutes les cinq minutes. Un cauchemar. Le mec qui achetait la plupart des espaces publicitaires s'appelait Cal Worthington. C'était un vendeur de voitures d'occasion qui ressemblait à Clint Eastwood en plus vieux et plus fêlé. Worthington était un vieux dégueulasse qui trempait dans des histoires de prostitution enfantine avec la mafia.

Une nuit que nous étions complètement défoncés, la gueule de Worthington apparaît une nouvelle fois à l'écran : « Ah ! Encore cet enculé de Cal Worthington ! » et je mis un coup de savate dans la télé. Iggy m'arrêta : « Ecoute, c'est grâce à des mecs comme Cal Worthington que les Etats-Unis d'Amérique sont aussi merveilleux, OK ? Regarde ses pommettes : il ressemble à un homme, un vrai. C'est un Américain digne de ce nom. »

L'influence majeure d'Iggy Pop n'est donc pas ce connard aigri de Lou Reed. Il s'agit d'un vieil enculé du nom de Cal Worthington.

L'influence majeure d'Iggy Pop n'est donc pas ce connard aigri de Lou Reed. Il s'agit d'un vieil enculé du nom de Cal Worthington.

Les réclames de Worthington étaient totalement dingues : « Je vais vous vendre une voiture et, si elle ne vous plaît pas, je m'engage à me battre contre un puma ! » Bien sûr, il faisait semblant de se bagarrer contre un puma sous tranquilisants et ne prenait aucun risque. Il luttait contre tous les animaux de la création dans ses pubs. (rires.)

L. K. R. : Comme Siegfried et Roy ?

N. K. : La chanson qui accompagnait la pub derrière était débile et lancinante, avec du banjo qui rythmait l'ensemble : « If you want a car or truck, go see Cal, if you want to save a buck, go see Cal ! » Cette pub était comparable au supplice de la goutte d'eau. Atroce.

Une fois, Worthington décide de se battre contre un ours (Nick prend sa grosse voix) : « Si vous ne trouvez pas la Chevrolet de vos rêves alors je vais me battre contre un grizzly ! »

Un ours apparaît dans le cadre de la caméra et il faut savoir que certaines publicités étaient diffusées en direct. Et là, on a compris que l'équipe avait oublié d'endormir la bête avec des tranquilisants !

L. K. R. : Cal est mort ?

N. K. : Non, mais il a fini à l'hôpital ! (rires.)

Comme Siegfried et Roy !

Cal Worthington déclenche une baston contre l'Arche de Noé. YouTube, c'est pas si mal.

N. K. : Bref, Iggy dévoile le Cal Worthington qui est en lui lorsqu'il se compromet à faire ces pubs. Cette démarche est très américaine. Les Européens comprennent moins cette approche et il n'y a rien à comprendre de toute façon.

L. K. R. : Heureusement qu'il lui reste le marché européen pour gagner de l'argent...

N. K. : Iggy Pop ne vend aucun disque aux Etats-Unis. Il a vendu lorsqu'il a été produit par David Bowie, et les Stooges perçoivent des royalties aujourd'hui parce que leurs morceaux apparaissent sur des soundtracks.

L. K. R. : La France aime bien ce genre de types crâmés. Alan Vega, Willie Deville, Johnny Thunders... Le disque en français d'Iggy est de trop, c'est n'importe quoi, il ne comprend rien à ce qu'il chante, il lit le bottin pour lécher le cul des Français.

N. K. : Quand David Bowie s'est installé à Berlin pour enregistrer Low, Iggy est parti en France parce qu'il voulait devenir un aussi grand phénomène culturel. La différence est que David a un talent musical exceptionnel que n'a pas Iggy. Même si ce dernier est l'un des plus grands perfomers du XXème siècle.

Les quatre plus grands sont, ou étaient, James Brown, Prince, Mick Jagger et Iggy Pop. Point. Je parle de mecs qui sont debouts sur une scène avec un micro. Ah, et je rajoute Michael Jackson bien sûr.

Iggy n'a été bon en solo que lorsqu'il s'est fait cornaquer par Bowie...

Passe-Temps et Passe-Partout drive like demons from Station to Station.

Passe-Temps et Passe-Partout drive like demons from Station to Station.

(« Mais Iggy en 1973 n'étais pas quelqu'un de sain » Nick Kent - Apathy for the Devil. Nous rentrons dans le vif du sujet. Je pressens que les prochaines anecdotes des Kent vont envoyer du lourd.)

(La suite en cliquant sur le lien ci-dessous).

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