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Acide & Museau

Acide & Museau

La colère est une courte folie


Nick, Laurence & rock 'n' roll - Acte I

Publié par The Thin White Plouc sur 25 Février 2013, 12:47pm

On retrouve sur le podium des couples rock 'n' roll que j'ai toujours rêvé de rencontrer :

  • John Lennon et Yoko Ono, mais sans Yoko Ono.

Cette harpie a précipité la fin des Beatles, minaude systématiquement quand elle s'exprime, a fait du mal à Paul et laissé John enregistrer des merdes infâmes (Revolution 9, pour n'en citer qu'une). La liste des griefs que je lui porte n'enlève rien au fait que j'aurais aimé bavasser avec son mec en prenant du LSD. J'ai compris dès décembre 1980 que je ne verrai jamais Lennon.

  • Jacques et Bernadette Chirac.

Etant donné que Jacques sucre les fraises, j'ai vainement transmis des demandes d'interview à Bernadette, via adopteunmec.com. Elle ne m'a jamais répondu.

  • Nick Kent et Laurence Romance.

Auréolé de ma prestigieuse carte de visite "Rédacteur chez Acide et Museau", je décide de joindre le couple de critiques rock le plus brillant de la planète. Je ne décrirai pas les méandres tortueux par lesquels j'ai réussi à prendre contact avec Nick et Laurence, mais sachez que le Thin White Plouc a eu le nez creux – et beaucoup de chatte – en choisissant un tel pseudo. Je vous expliquerai tout cela plus tard si vous êtes sages.

(Règle numéro 1 à la rédaction: tenir le lecteur en haleine.)

Vous avez remarqué que je les appelle Nick et Laurence : je me la pète un peu mais je les connais à présent. Alors j'ai le droit.

Les Chirac à Brégançon, été 1997 (et non pas Jean-Pascal et Laâm).

Les Chirac à Brégançon, été 1997 (et non pas Jean-Pascal et Laâm).

Procédons aux présentations. Selon moi, et de l'avis général, deux rock-critics écrasent toute la concurrence : Lester Bangs et Nick Kent.

Nick, Laurence & rock 'n' roll - Acte I

Le premier cité avait une plume unique et iconoclaste, à laquelle les traductions françaises ne rendent pas justice. Sa prose rythmée était marquée par l'enthousiasme et sa propension à défoncer les vaches sacrées qu'il avait dans le pif.

Lou Reed, par exemple, a fait les frais de son écriture vitriolée. Bien fait pour sa gueule, vu qu'il gagne autant à être connu qu'un serpent à sonnettes maoïste.

Bangs le contempteur avait une manière très personnelle de mettre en scène sa propre personne dans ses articles. Ces derniers dépassaient très largement le cadre de la musique et ont fait de lui l'un des écrivains les plus brillants de son époque. Il est mort en 1982 d'une overdose de Dextropropoxyphène, NyQuil et Valium. De ce fait, le décès du critique américain a permis de faire du britannique Nick Kent "le plus grand rock-critic vivant". Pas moins.

Nick, Laurence & rock 'n' roll - Acte I

Voici ce qu'écrit Iggy Pop en préface de L'Envers du Rock, premier bouquin de Kent publié en français :

Il est important de préciser que Mr. Kent a lui-même une histoire dont certains aspects sordides, peu ragoûtants et parfois franchement comiques, n'ont rien à envier aux anecdotes qui émaillent ce livre.

Imaginez un personnage improbable et gauche, long comme un jour sans pain, arpentant d'un pas peu sûr les trottoirs de Londres ou Los Angeles telle une mante religieuse immense et raide, dans son éternelle panoplie loqueteuse de flingueur à guitare, velours et cuir noir en toute saison, d'une maigreur maladive, toujours la goutte au nez perpétuellement rouge et luisant, toujours à cause d'un "manque de substance", tout cela encore relevé par une manière très Keith Richards d'agiter le poignet en jetant la tête en arrière, et servi par un intérêt jamais démenti pour tout ce qui sent la crasse. Voilà Nick Kent dans les années soixante-dix et quatre-vingt. En bref, un vrai rocker : quelqu'un pour qui ça comptait.

Merci Iggy.

Nick Kent décrit ses sujets à la manière d'un entomologiste : il a l'art de capter et décrire les tréfonds de l'âme humaine. Les icônes du rock en sortent cabossées, écornées : pas surprenant qu'il se soit fait casser la gueule à plusieurs reprises après la parution de ses articles. A coup de chaîne de vélo rouillée par Sid Vicious, notamment.

Qu'il ait écrit sur le cyclisme ou les figures les plus marquantes du Quattrocento, le résultat aurait été le même. Sublime.

Nick Kent. A vue de nez (rouge et luisant), la photo a été prise entre 1972 et 1974.

Nick Kent. A vue de nez (rouge et luisant), la photo a été prise entre 1972 et 1974.

Les deux grands courants de l'école de la critique rock sont les suivants :

  • les journalistes qui essaient d'imiter le style gonzo-déglingo d'Hunter S. Thompson, trash et ultra subjectif. Un exemple français : Patrick Eudeline, qui radote les mêmes rengaines depuis trente ans et pour lequel se trimballer avec une seringue dans le bras et une chemise à jabot est le comble du chic.

  • les plumitifs qui adoptent un ton chiant et académique. Nous l'appellerons "l'école Greil Marcus", dont les disciples les plus dévots pigent pour les Inrockuptibles. Leur prose est chiante comme la chiasse : CQFD.

Un mec des Inrocks en plein boulot.

Un mec des Inrocks en plein boulot.

Nick, Laurence & rock 'n' roll - Acte I

L'écriture de Nick Kent est bien trop subtile pour être classée dans l'une de ces deux catégories. Fidèle lecteur du bonhomme depuis plus de 20 ans, je guettais ses apparitions messianiques dans les Inrocks, Libé ou Rock 'N' Folk. Il a fallu que je m'installe à Paris pour que je puisse me procurer L'Envers du Rock (The Dark Stuff en version originale), épuisé à l'époque et introuvable en province. Son dernier bouquin, Apathy For the Devil est son autobiographie qui dépeint ses années 70. C'est drôle, brillant, et touchant.

Je pense être, depuis le jeudi 21 février 2013, la seule personne à avoir serré les mains de Jean-Paul II et de Nick Kent. A 25 ans d'intervalle. Si je venais à disparaître prématurément, j'intime mes proches de prévoir une épitaphe sur ce thème.

Jean-Paul II après avoir touché la main du Thin White Plouc.

Jean-Paul II après avoir touché la main du Thin White Plouc.

Nick partage sa vie avec Laurence Romance, qui est également une figure éminente de la critique musicale, en plus d'être une nana gentille et attentionnée. Laurence est française, a eu mille vies, rencontré à peu près tout ce que la planète compte de gens intéressants (je me mets dedans) et écrit sur tous les sujets. Les branleurs qui comptent parmi nos lecteurs se rappelleront que Laurence animait Rock Express, une super émission sur M6 qui était diffusée juste après Sexy Zap le dimanche soir. Laurence a monté ce projet avec trois bouts de ficelle et beaucoup d'enthousiasme pour un résultat remarquable. Je vous encourage vivement à profiter de YouTube pour en voir et revoir les meilleurs moments.

Laurence Romance (par Edvard Munch).

Laurence Romance (par Edvard Munch).

Nick, Laurence & rock 'n' roll - Acte I

Rendez-vous est pris à Pantin, à 20h45, chez Nick et Laurence. Je repasse chez moi me changer, n'ayant aucune envie de débarquer chez les Kent en costard-bolo tie-santiags et les voir se foutre de ma gueule, récupère la pile de bouquins que je compte bien me faire dédicacer et pars. En bas de l'immeuble, je fume une clope comme si c'était la dernière, compose le code et sonne.

La photo sur la droite, c'est moi lors de la dernière soirée annuelle de ma boîte.

Quand je vous disais que Laurence était gentille et attentionnée...Quand je vous disais que Laurence était gentille et attentionnée...

Quand je vous disais que Laurence était gentille et attentionnée...

"Salut, c'est le Thin White Plouc"

"Monte au troisième, on t'attend !"

(A suivre en cliquant sur le lien ci-dessous)

Merci à Yan Céh pour l'utilisation de la photographie montrant les différentes éditions de The Dark Stuff.

Commenter cet article

Tin Machin 26/02/2013 09:34

tu n'avais pas écrit Gustav Klimt à la place d'Edvard Munch ? je veille au grain.

Acide et Museau 26/02/2013 10:29

Non, non, pas du tout (sifflotement, air gêné). Tu as un joli pseudo, soit dit en passant.

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