Ça aurait pu commencer comme une blague Belge :
Un mec rentre dans un bar et commande une bière.
Le barman lui demande quel volume il souhaite, et l'autre lui répond qu'il s'en fout.
Alors le barman lui dit :"Vous n'êtes pas Sérieux ?".
Et le client répond : "Non, je suis Formidable !". Alors le barman lui sert 1 litre de bière.
(C'est un humour de comptoir pour biérophile, je vous l'accorde).
Mais si vous êtes de bons musulmans, ou bien que vous ne buvez que des Tourtel avec Paul, l'explication est ci-après :
Aujourd'hui risquons nous a un petit récapitulatif des contenances des verres a bière. Ne vous est-il jamais arriver de ne pas savoir comment s'appelle votre quart de litre de bière ou bien ...
http://lecomptoirdebar.over-blog.com/article-recapitulatif-des-contenances-98726464.html
Tous les catéchumènes vous le dirons: "Qu'il est formidable d'aimer !"
N'est-ce pas Frigide ?
En attendant, de l'autre coté de la frontière Franco-Belge, il y a un petit malin, 48 kg tout mouillé, qui trouve formidable de ... ne plus être aimé.
Et pour s'exprimer sur la question, il a pris le chemin le plus efficace : Youtube.
A ce jour, 5 millions de pèlerins auraient écouté son cantique.
Je veux bien sûr parler de Stromae.
Acte I
Quand on regarde le premier volet de ce que nous appellerons la trilogie Stromae, personne ne doute que le bonhomme s'est envoyé plusieurs Formidables de Gueuze avant sa démonstration éthylique, qu'on imagine assez conséquente sur un gringalet de sa carrure.
Hagard, sous la pluie, il vocifère au milieu d'une foule qui le reconnait peu à peu, et qui bien sûr... le filme en dégainant leurs smartphones.
Les jeunes voyeurs (dont les mêmes parents pleuraient Lady Di et son destin brisé par les paparazzi) balancent illico leurs films sur la toile, sûr de gagner une popularité aussi éphémère que vaine.
"Paul, t'aurais du lui servir des Tourtel."
Aussitôt, les trompettes de sordide renommée chantent le sort, attendu au tournant, de celui qui comme tant d'autres n'aura pas supporter la brûlure d'une gloire éphémère, si tôt monté, si tôt chuté, après avoir produit un unique tube électro ayant amusé la galerie le temps d'un été.
Noyant sa déchéance dans l'ébriété, Il s'en allait rejoindre au Panthéon des has-been les Loana, Hervé Villard, et autres Nicolas Sarkozy...
Mais si, rappelez-vous, vous aussi vous avez pogoté là dessus :
Le Jamel Comedy Dub
Acte II
Quelques jours plus tard, le p'tit pochetron refait parler de lui. Sur un plateau de télévision, dans un timing savamment orchestré, il vient y "chanter", en exclusivité chez Taddeï, son nouveau single intitulé "Formidable".
Il se lance, tout en hargne blessée, d'une voix mi-parlante mi chantante et dont le timbre et la nette élocution nourrirons instantanément moult comparaisons opportunes avec son compatriote, le grand interprète de "Jef" ou "Chez ces gens là". La mélodie fait mouche, le texte est un peu léger mais percutant. Rappelons que chez les latins, le Formidable n'est pas celui qui est grand ou brillant, mais celui qui terrifie. Et c'est vrai qu'il est un peu flippant, le gamin, quand il gueule.
Il a l'air bourré, là encore. Mais le doute commence à s'installer. On devine le petit malin qui surjoue la rancœur en invectivant les invités. Mais sitôt le titre achevé, le rictus tombe pour retrouver le visage d'enfant de cœur.
La dernière fois que j'ai vu un tricot comme ça, c'était à La Clusaz en 1983.
On repense aussi à Diam's dans cette même émission, où la femme blessée et la chanteuse amère se confondait dans un aveu désarmant et sincère.
Diam's lève le voile sur sa dépression
Acte III :
Le coup final de cette magnifique campagne promotionnelle tombe quelques jours plus tard, lors de la diffusion officielle du clip vidéo accompagnant le morceau musical précédemment cité.
Et qu'en est-il, si ce n'est la même scène du chanteur aviné à l'arrêt de Tram sur l'avenue Louise de Bruxelles, mais cette fois-ci filmé par des pros bien cachés, et où l'on se rend compte que le personnage ivre mort baragouinait en fait les paroles de son nouveau single... avant sa sortie officielle.
Arroseurs arrosés, les badauds voyeurs qui pensaient voler l’événement pour quelque gloriole 2.0, puis ceux qui on relayé et commenté, sans que l'on ne leur demande rien, se sont vus instrumentalisés à leur insu dans une mise en scène sublime d'ironie, à renforts de caméras cachées d'un joli jeu de charogne à abattre :
Pour réaliser ce clip, la prod a du attendre 275 jours pour avoir un temps gris et de la pluie à Bruxelles.
La chanson est honnête, l'interprétation envolée. Mais, ce qu'il faudra surtout retenir de cet épisode singulier, c'est la justesse de l'idée, celle de tirer profit (et partie) de manière si efficace des supports actuels de communication, et de leur force d'impact.
Quand les flash-mobs ne trompent plus personne, là où les lip-dubs ringardisent leurs acteurs même au second degré, là où les Harlem Shakes nous emmerdent tant on en a épuisé la substantifique moelle burlesque, cette sauterelle Wallonne nous sert une magistrale leçon de buzz, et une jolie publicité gratuite.
Le premier film amateur du Stromae soit-disant ivre et dépressif ne fit même pas 200 000 vues, tandis que son clip frôle les 5 millions de curieux.
Et comme si le pied de nez n'était pas suffisant, le titre de l'album dont est extraite cette chanson s'intitule "Ceci n'est pas une leçon", (sortie prévue automne 2013) qui n'est autre qu'un facétieux clin d’œil à un autre grand Belge, qui n'était pas le dernier à railler les fausses évidences.
Comme quoi, chez ces gens là, sans se prendre au sérieux, on peut faire un coup formidable.
Ceci n'est pas une merde