Ce soir, c’est chant du cygne à l’Op(é)rah.
Ce soir, l’homme aux sept jerseys jaune cocu pose un genou à terre. Chute soigneusement orchestrée. Amère noblesse de sortie, dopée à l’audimat.
Au terme d’un vaste cirque médiatico-sportif, la vérité sortira de la bouche même du monstre sacré, mais son odeur est acre. En soulageant sa conscience, il viendra ébrécher la notre.
Bien plus encore que la désillusion d’avoir été dupés, Lance nous laisse orphelins de notre ferveur d’enfant. Celle qui nous refuse le soleil de ces après-midi d’été, les yeux rivés au poste et son cortège de hussards survitaminés avalant les lacets à grands coups de braquets, sur fond de balayages d’hélicos, de motos à grandes antennes, d’une foule en maillots hideux ou en costume de diable, et d’une odeur de merguez.
L'ami américain
Ce soir, de l’autre coté de l’Atlantique, sous leur cape de neige, les montagnes le regardent en courtisanes fières mais blessées. Huez, Tourmalet, Ventoux, Luz-Ardiden, Hautacam, Grand-Bornant ; Elles s’étaient données à lui, leur héros, le survivant. Fières de se laisser grimper à sept reprises par ce cow-boy Texan au bracelet jaune.
Quel étrange spectacle pourtant que celui de cette foule, irréductibles rêveurs, opiniâtres partisans, aveugles obstinés. Au-delà des artifices, des petits arrangements avec l’endurance naturelle du corps, des panaches de plastique, elle a faim de champions, de gloire et de mirages. C’est ainsi qu’Armstrong restera, envers et malgré tous. La course était truquée, mais elle était belle. Dans l’arène, la foule brutale sourit au simulacre et appelle le sang, les larmes et la sueur, peu importe si l’un carbure au Yop et l’autre aux corticoïdes. Elle veut la main du dieu Maradona ou le record de Florence Griffith Joyner et son chiffre à faire se retourner la sépulture de Saint Thomas. Tandis que les médias ignorent les suspicions pour mieux glorifier les idoles qu’ils ont eux-mêmes fabriquées.
En première page du site lancearmstrong.com, on peut voir l’homme, tous muscles tendus, courir sur le bitume lisse d’une route rectiligne. Seul. Sans vélo.
En fond, un paysage désertique de terres brulées, de roches brunes, où quelques touffes persistent, sans arbres. Une scène apocalyptique. Son visage est sérieux, dans un effort fermé, une détermination noble et absurde, comme un footballeur mené 5-0 à trente secondes de la fin, et qui courre encore vers la cage adverse.
Il est encore là, phœnix jaune, près à frapper à nouveau, muté en champion d’Ironman, arborant encore et toujours son slogan Livestrong. Ce tatouage totémique d’une nouvelle ère où la philosophie sportive gavée au mérite d’übermensch se prostitue aux sponsors. Lance aurait-il seulement été Armstrong s’il n’avait offert ses couilles en sacrifice au dieu crabe sur l’autel de la gloire ?


