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Acide & Museau

Acide & Museau

La colère est une courte folie

Du cul, du cul, du cul !

Publié par The Thin White Plouc sur 17 Janvier 2013, 19:22pm

J’aimerais ne pas m’appesantir sur les raisons pour lesquels un exemplaire de « 50 Shades Of Grey » a atterri entre mes mains, mais je sens quand même que je dois me justifier.

Une amie de ma femme, avec laquelle les discussions sont riches en temps normal, l’a intimée de repartir avec ce bouquin en fin de soirée en lui martelant le mantra suivant : « c’est nul, tu vas voir, c’est vraiment nul, mais il faut que tu le lises ». Il aurait été délicat de se dérober à l’injonction, et puis l'occasion de lire un bouquin de cul sans que cela passe pour une déviance ne se présente pas tous les jours.

Quelques dizaines d’heures après cet événement, je réalisai que ma femme avait quasiment fini le tome 1 de ce best-seller dont tout le monde parle pour en dire du mal. Je m’enquis de savoir ce qu’elle en pensait. La réponse fut pour le moins originale : « c’est nul, tu vas voir, c’est vraiment nul, mais lis-le si tu n'as rien d'autre à foutre ». Je m’exécutai, le temps d’en lire l’incipit.

Ce n’est d’ailleurs que l’incipit qui sera évoqué dans les lignes qui suivent, n’ayant eu ni le temps ni le courage de poursuivre la lecture au-delà de la première page. L’argument « du cul, du cul, du cul » me fera probablement changer d’avis et m’intéresser plus aux 559 pages suivantes.

Rentrons dans le vif du sujet : je t’invite à présent, lecteur, à deviner quelles lignes j’ai lues à ce moment précis.

- Premier choix :

"Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Parfois, à peine ma bougie éteinte, mes yeux se fermaient si vite que je n'avais pas le temps de me dire : « Je m'endors. »"

- Second choix :

"Mon père est mort il y a un an. Je ne crois pas à cette théorie selon laquelle on devient réellement adulte à la mort de ses parents ; on ne devient jamais réellement adulte.

Devant le cercueil du vieillard, des pensées déplaisantes me sont venues. Il avait profité de la vie, le vieux salaud ; il s'était démerdé comme un chef. «T'as eu de gosses, mon con... me dis-je avec entrain ; t'as fourré ta grosse bite dans la chatte à ma mère.»"

- Troisième choix :

"Je grimace dans le miroir, exaspérée, Ma saleté de tignasse refuse de coopérer. Merci, Katherine Kavanagh, d’être tombée malade et de m’imposer ce supplice ! Il faut que je révise, j’ai mes examens de fin d’année la semaine prochaine, et au lieu de ça, me voilà en train d’essayer de soumettre ma crinière à coups de brosse. Je ne dois pas me coucher avec les cheveux mouillés, je ne dois pas me coucher avec les cheveux mouillés."

Voici la réponse....

Du cul, du cul, du cul !

La leçon à retenir de ces premières lignes est que Proust et Houellebecq peuvent dormir tranquilles, E.L. James – la nana dont personne ne connait le nom mais qui a écrit « 50 Shades » – ne va a priori pas remporter le Nobel de Littérature avec une telle entame. Par contre, elle trouvera des sex friends plus facilement en dépit d'un physique ingrat (cette dernière remarque n’a rien de misogyne, l’auteur de ces lignes ayant également une tronche de cul, de l’avis de tous ses amis).

Qu’apprend-t-on au juste, une fois ce décor planté ? Une étudiante pleurniche parce qu’elle s’est endormie avec les cheveux mouillés, ce qui va la retarder pour réviser ses examens dix jours plus tard : la belle affaire !

Se coiffer prend au plus 8 mn, séchage compris, et on a déjà envie de la tarter de chialer pour si peu.

Evidemment, cette conne n’aime pas son physique : « avec son teint trop pâle et ses yeux bleus trop grands pour son visage ». Ce genre de propos est dégueulasse pour les nombreux boudins de ma connaissance qui ont fait une croix sur toute vie sociale et sexuelle et qui rêveraient d’une peau diaphane et d’yeux azur.

C’est un peu comme si je disais que je suis dégoûté d’avoir un cul trop petit et de faire du bonnet D. (l’auteur de ces lignes est un homme dans la vraie vie mais vous saisissez l’esprit du truc). La narratrice est bien le genre de nana qui a une bouche en cul de poule sur sa photo de profil Facebook et qui a pour meilleur ami un puceau crève-la-baise qui n'ose pas lui avouer qu'il veut la tringler.

Relisez cet article, pour mémoire :

A ce stade de la lecture, on ignore les intentions sadiques de Grey, le mâle dominant de l’histoire. Sans vouloir présumer de la suite, on ne pourrait que conseiller à notre narratrice complexée d’être moins chafouine sans quoi elle risque de mal encaisser de se faire enfermer dans une cave avec cinq mâtins de Naples en rut, où tout autre sentence bien méritée et inventée par le cerveau de Grey que l’on espère déviant au dernier degré.

Le paragraphe suivant nous apprend que la narratrice doit se taper des bornes pour aller à rencontrer un « super-magnat de l’industrie » pour le journal des étudiants. OK, c’est donc une polarde : plus dure sera la chute, croyez-moi. Les préoccupations de tout étudiant équilibré du même âge se résument à deux choses : trouver des drogues et bouffer de la chatte, tout simplement. Et le reste n'a aucune espèce d'importance.

Sans m’aider de Google, je vous mets un billet que le « super-magnat de l’industrie » n’est autre que Grey ! Je devine aussi qu’il est manucuré, beau comme un dieu, d’une intelligence supérieure, et qu’il n’a pas encore trouvé la femme de sa vie.

Si Grey était un O.S. de chez General Electric ressemblant à Claude Leroy, la lectrice moyenne souhaiterait sa mort immédiate sur la chaise électrique. L'effet "Du cul ! Du cul ! Du cul !" ne fonctionnerait donc pas. La psychologie des masses est un exercice d'une simplicité désarmante...

Claude Leroy.

Claude Leroy.

La première impression qui se dégage de ce livre est que celles et ceux qui souhaitent apprendre la discipline seraient plus avisés de s’en remettre à Throbbing Gristle, plutôt qu’à E.L. James.

Throbbing Gristle et sa ravissante chanteuse, Genesis P. Orridge.

Vous avez regardé la vidéo jusqu'au bout ? C'est bien, la récompense est un bon pour une fessée, distribuée généreusement - et du plat d'une main de fer dans un gant de velours - par l'auteur de ces lignes.

A bientôt pour la suite de cette analyse foisonnante, naughty boys and girls !

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