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Acide & Museau

Acide & Museau

La colère est une courte folie

On se les gèle.

Publié par Nathalie Rihouet (aka The Thin White Plouc) sur 21 Janvier 2013, 20:58pm

La neige qui tombe en hiver est un sujet inépuisable pour les medias qui redécouvrent que la condensation de la vapeur d'eau des plus hautes couches de l'atmosphère peut produire de cette substance blanche et duveteuse, qui aurait pu passer pour des paillettes de foutre congelé si elle était tombée une semaine plus tôt pendant la manifestation anti-mariage pour tous.

Le type qui fait le con sur la photo est gay.

Le type qui fait le con sur la photo est gay.

On retrouve cette tendance sur les réseaux sociaux : les chutes de neige deviennent un marronnier, au même titre que la rentrée des classes, l'arrivée imminente du WE (le vendredi, entre 14h et 17h) et les photos dites "je mets en scène mon bonheur qui vaut tellement mieux que vos misérables petites vies".

Pas besoin de vous décrire les clichés présentant des orteils avec une étendue d'eau salée en arrière-plan ou ceux montrant des mojitos puisque vous en voyez toute l'année lorsque vous glandez au taf. On saluera la vague intention artistique de l'auteur de la photo si celle-ci est instagramisée ou hipstamaquée.

On climatise des datacentres pour stocker ce genre de merdes numériques.

On climatise des datacentres pour stocker ce genre de merdes numériques.

Acide et Museau, en phase avec l'époque, sacrifie au phénomène et saisit l'occasion pour évoquer le temps qu'il fait avec une chanson de circonstance : Permafrost, du groupe Magazine. Jour de Neige d'Elsa sera traitée une prochaine fois.

A ceux de nos lecteurs n'ayant pas fait d'étude de géologie, un permafrost, ou pergélisol en français, est un sous-sol constamment gelé. Cette définition apportée, passons au groupe qui a interprété cette chanson déprimante qui clôt leur second album.

Fondé en 1977, le quintette britannique a proposé un rock sophistiqué et cérébral en rupture avec la primitivité du punk, sous les influences conjuguées de Roxy Music, Can et Brian Eno. Mettons les choses au clair : les trois premiers albums du groupe sont les pierres angulaires d'une période musicale extrêmement féconde, le post-painque.

"Coucou ! On est venu se payer une bonne tranche !"

"Coucou ! On est venu se payer une bonne tranche !"

Il n'est pas simple de séparer le bon grain de l'ivraie face à la richesse inépuisable des informations disponibles sur le Net et au révisionnisme qui réévalue tous les disques parus il y a plus de 10 ans. En 2013, les Inrockuptibles disent ainsi le plus grand bien de Pink Floyd et du Heavy Metal.

Mais, sur le sujet qui nous occupe, ayez confiance : vous devez vous procurer les trois premiers albums du groupe que sont Real Life, Secondhand Daylight et The Correct Use of Soap, enregistrés entre 1978 et 1980 ! Légalement, dans la mesure du possible. Si Magazine s'est reformé il y a trois ans pour mettre du beurre dans les épinards, le chanteur Howard Devoto a dû occuper un emploi salarié dans une agence photo tandis que John McGeoch, guitariste de génie, est devenu infirmier quelques années avant sa mort subite. Non pas que ces professions soient déshonorantes, mais il est un peu triste d'apprendre que des musiciens si talentueux se sont détournés de leur art pour payer leur loyer.

Ce fut le cas de Debbie Gouge, bassiste butch de My Bloody Valentine, devenue chauffeuse de taxi, conséquence de l'incapacité chronique du groupe à créer une suite au merveilleux album Loveless. L'un des types des Feelies est même devenu serrurier à Disney World. Vous saurez que répondre à vos mômes lorsqu'ils vous diront avoir créé un groupe de rock.

Howard Devoto est plutôt beau mec en vieillissant.

Howard Devoto est plutôt beau mec en vieillissant.

Revenons à Permafrost : cette chanson est ironiquement présentée par Devoto en concert comme une "chanson d'amour", et je serais curieux de savoir quel genre de nana accepterait de se laisser mettre une main dans la culotte avec ce morceau en fond sonore. Ses paroles sont surprenantes car elles semblent écrites par un sociopathe notoire style Lou Reed ou Jeff Hanneman, tandis que Devoto est un chic type, j'en suis convaincu.

Le refrain psalmodié et les couplets évoquent la déshumanisation d'un être humain prêt à droguer et baiser un autre être humain sur une terre gelée et désolée : la bande-son idéale d'un repas de Noël. Les clips n'existaient pas à l'époque mais je suis sûr que George A. Romero ou Abel Ferrara auraient pu en réaliser une vidéo choupinette. Dommage.

Si la déprime vous envahit en écoutant Permafrost, sachez que tout Magazine n'est pas aussi morbide. Il ne faudrait pas qu'elle vous dissuade de vous plonger dans leur œuvre passionnante et inusable. Le cas échéant, sachez qu'I will drug you and fuck you on the permafrost.

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