Depuis une dizaine d’années, les chaines privées pour «grand public», qui n'a de grand que son appétit à s'abrutir devant sa cathode sacrée, nous abreuvent aux heures de praïme taïme d'une tonne de séries policières. Des noms anglophones tous assez semblables, un acronyme percutant accompagné d’un nom de mégalopole.
Elles sont toutes situées en territoire ricain, parce que c'est quand même plus bandant quand on prononce "CSI Maïami" que "La Mondaine à Juvisy".
Petit résumé très calme (avec du vrai Justin Bieber dedans). Vivement conseillé aux épileptiques
Le téléspectateur français se passionne pour ces intrigues aux recettes très faciles, prêtes à démouler leur intrigue prémâchée de type Cluedo, sur 45 minutes chrono. Souvent morbides, elles essaiment leurs cadavres sur des tables de dissections. Et aux States, les cops ont les moyens ! Leurs budgets R&D feraient pâlir un boite comme Pfizer :
« Hey, Bill, tu veux un test ADN avec ton Latte ? »
« T'es gentil, Ted, mais une chromatographie capillaire fera l'affaire. Sans sucre, steup'. »
Les gentils y sont presque plus flippants que les méchants, pleins de tares de surdoués ou de problèmes d'enfance refoulés :
« Jessica, si je suis enfin parvenu à déceler que cet homme nous ment depuis le début, c'est parce que enfant, j'avais compris que ma mère était en fait mon père, quand je regardais par la serrure du placard dans lequel elle m'enfermait. »
Et la complexité artificielle des crimes tiennent plus du sudoku 8ème dan que de la vulgaire poursuite de sales gangsters.
Bref, tout ça à un milliard d’années de nos valeureux Navarro, Julie Lescaut, Commissaire Moulin, ou des Cordier (le juge ou le flic, je ne sais plus).
Bye bye, les condés sauce gribiche : bienvenue dans l’ère des supercops 2.0.
La personne responsable des effets spéciaux du générique est disponible pour animer vos Bar Mitzvah
C'est dommage, moi je les aimais bien nos flics à nous, toujours à la pointe des nouvelles technologies :
Le nouveau détecteur de con à visée laser semble fonctionner correctement
Les personnages et accessoires de ces niaiseries survitaminées sont tous similaires:
Il y a le mec expert, expert en tout... et souvent en n’importe quoi. Le type qui va chopper l’indice que tout le monde a loupé, qui se pointe sur les lieux en costard bleu ou blouson beige, toujours rasé de près, et s'accroupit près du corps de la victime.
(La barbe de 3 jours ou la clope, dans les séries yankee, c’est réservé au bad guy.)
Et toujours cette sale paire de lunettes de soleils à chier, so 1988, passée on ne sait pourquoi entre les mailles du raccord époque-accessoires.
La prophécie d'Afflelou
A coup sûr, il y aura encore cette ribambelle d'outils chirurgicaux d’une précision digne d'Ulysse 31, qui brillent un max dans la lumière des néons de labos, brillance mise en valeur par le froid latex des gants qui les manipulent.
Et la meuf inspecteur ? Celle au tailleur gris bien ajusté-cols de chemise ouvert- brushing vieux d’une heure, qui la rend bien bonnasse et bien froidasse aussi.
Le médecin-légiste stoïque, qui te raconte son week-end dans le New-Jersey, la main dans le foie du macchabée, mais à qui tu filerais pas tes mioches en babysitting.
Et bien sûr il y a toujours le djeun’s surdoué de service: look bien travaillé-décalé (au choix : panoplie nerd, goth, emo, hispter), qui déchire sa race sur le web.
Les services secrets sont probablement allés le chercher à la sortie de son bahut quand il hackait ses notes d’histoire-géo à 4 ans et demi.
La déco intérieure est ultra-chiadée (on est loin du bureau du capitaine Dobey), avec désormais ces p'tits effets bleu foncé à la con, balayés par des raies de lumière un peu crue, sur un son de lointain de bips d’ordinateurs.
Le bruitage d'ordi, ça, c'est quand même le grand foutage de gueule:
Ohé, les réalisateurs, juste pour vous dire, on est seulement 2 milliards à tourner sur windows et mac, alors le bip robotique du listing qui défile ou qui s'affole quand le portrait-robot "matche" le suspect, le bruit d'erreur bien puissant à la "Mo-mo-motus" quand le mot de passe est incorrect, ou encore la méga barre de téléchargement qui rougit, ça suffit !
Perso, mon ordi ne fait des bruits que lorsqu’il plante, ou que j’oublie de brancher mon casque quand je mate des vidéos de chats qui se cassent la gueule.
Cette connasse de fille de Jack Bauer downlodant toute la liste des espions du CTU à Ansar Dine.
Et des répliques toujours finement ciselées :
Des dialogues très crédibles, même au téléphone
Mais ça suffit les crevettes sur fond bleu ! Où sont nos vrais cow-boys, bordel ?
Les super-flingues tatoués, les cadors buveurs de bière dans leurs Fords aux mélodies country ? Avant l’arrivée de tous ces policiers geek-techos, les US nous proposaient du velu, du costaud. Les Starsky, les Magnum, les Mike Hammer, les Columbo, les Chuck Norris et consorts. Des mecs qui te bazardaient tout à bon coups de tatanes, sans sortir leur pince à épiler de tafiole pour prélever un poil de cul extirpé d’une chaussure vieille de trente piges.
Avant, ça cognait, ça tirait. Et ça niquait la standardiste entre les deux.
Aujourd’hui, ça prélève. Ca rayon ultraviolet. Ca scanne. Et un putain de gobelet blanc de Mokaccino Grande Latte a remplacé la bouteille de bourbon planquée dans le tiroir.
Alors, c’est peut-être là que les Frenchies ont une carte à jouer.
Parce qu’on a peut-être perdu notre triple A, mais nous au moins, on a gardé nos couilles.
« Engrenages », « Braquo », « La Commune » : Autant de petites idées honnêtes qui émergent depuis peu au-delà de l’horizon morne de l’enquête édulcorée et aseptisée.
Les types aux commandes comme Marchal et Dafri, ils bouffent du kebab plus que du cassoulet. Ils passent leurs samedi aux putes de Pigalle et pas leurs dimanches chez Louis la Brocante ! C'est comme ça qu'ils se permettent de rafler leurs premiers Emmy à la barbe des ricains !
22, revoilà enfin les poulagas made in France !
Un tout p'tit ajustement des dialogues, trois fois rien, et c'est bon pour la chaine Gulli.
