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Acide & Museau

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La colère est une courte folie

Nick, Laurence & rock 'n' roll - Entracte

Publié par The Thin White Plouc sur 7 Mars 2013, 16:47pm

Puisque on parle de Michael Jackson, l’as-tu rencontré ?

N. K. : Non. On m’a proposé de l’interviewer mais j’ai décliné l’offre.

...

N. K. : J’ai rencontré Prince en revanche. Il est formidable !

Il a l’air complètement taré, non ?

Pas taré, non. Prince est surtout quelqu’un d’obsessivement religieux. Il fait partie des Témoins de Jéhovah. Quand il est à Minneapolis, il enfile un sweat à capuche et fait du porte-à-porte. Il est au taquet !

Personne ne l’entendra plus jamais jurer, plus de motherfucker ou sexy hot bitches dans sa bouche ! Cela l’oblige à modifier ses textes pour qu’ils soient plus conformes à ses nouvelles convictions.

Donc Sexy MF va devenir, ou est devenu, Sexy Mother-Bip-Bip ?

Non, car le mot sexy est également proscrit. Prince considère les femmes comme des créatures de Dieu à présent.

L. K. R. : Il n’a pas tort...

N. K. : En démarrant l’interview, j’ai vite réalisé que je ne pourrai pas la mener comme je l’entendais.

« Tiens, et si nous parlions de tes débuts et de ton premier album paru en 1978 ? » : voilà bien le genre de question que l’on ne peut plus poser à Prince.

Cela se passe plutôt comme ça : « Oh, tu aimes beaucoup parler de Dieu dans tes chansons, n’est-ce-pas ? J’aimerais beaucoup que l’on parle de l’influence de ta foi sur ton art. »

 

Ca, c'était Prince avant. Il y est notamment question d'inceste et de sexe oral sur l'album "Dirty Mind".

Ca, c'était Prince avant. Il y est notamment question d'inceste et de sexe oral sur l'album "Dirty Mind".

L. K. R. : Trois heures plus tard : « Dieu, Jésus, blablabla… » Impossible de l’arrêter. Comme Al Green.

N. K. : Exact, on ne peut pas l’interrompre. Impossible. Prince est devenu un prêcheur. Il va à l’église et prie.

L. K. R. : Al Green, je l’ai pratiqué lors d’un séjour à Memphis : il fallait donner de l’argent à son église pour pouvoir l’interviewer ou filmer un de ses prêches.

Tu as profité d’être à Memphis pour visiter Graceland, Laurence ?

L. K. R. : Même pas !

Je rêve de visiter les gogues de Graceland, pour voir l’endroit où Elvis est mort.

Non, les chiottes de Graceland ne visitent pas ! Tu peux voir la Jungle Room, mais pas la chambre du King et les dépendances...

Elvis ingérait peut-être plus de calories qu'un éléphant d'Asie, mais il a su aménager la Jungle Room avec un goût très sûr.

Elvis ingérait peut-être plus de calories qu'un éléphant d'Asie, mais il a su aménager la Jungle Room avec un goût très sûr.

Dommage. J’imaginais la visite : « Regardez bien, Elvis Presley posait une pèche pile à cet endroit quand il a clamsé ».

J’ai vu mieux, enfin pas mieux, mais probablement plus touchant : l’appartement dans lequel Elvis a grandi avec ses parents lorsqu’ils ont quitté Tupelo pour s’installer à Memphis. Une folle avait loué le logement du dessus et gardé celui des Presley à l’identique pour le faire visiter : le frigo des parents Presley, les B.D. d’Elvis etc.

Bref, la nana collectionnait les slips d’Elvis, elle m’a même montré un string : « Ah non, c’est pas possible, ça ne peut pas être à Elvis ce truc, c’est beaucoup trop petit, il ne rentrait pas dedans ! «

Elle était sûre d’elle : « Si, si ! Tous ces trucs sont authentifiés, je t’assure... »

Elle ne collectionnait quand même pas les couches-culottes qu’il portait à la fin de sa vie ?

Cette nana était confiante dans le fait qu'on allait pouvoir cloner Elvis grâce à la Science, à partir de particules de sueur collectées sur ses écharpes.

N. K. : Quand on s’intéresse à Elvis Presley et Michael Jackson, il ne faut pas perdre de vue que c’est une immersion dans la folie pure.

Nick, tu as rencontré le King justement ?

N. K. : Non, et la leçon numéro 1 de la rock critic est de ne jamais écrire sur Elvis. Jamais.

Je l’ai lu dans Apathy for the Devil et je pensais qu’il s’agissait d’une boutade. Tu es sérieux ?

N. K. : Bien sûr ! Les fans d’Elvis sont frapadingues, certains sont des fous dangereux quand il s’agit de leur idole. L’écorner revient à prendre de grands risques donc mieux vaut ne pas écrire sur lui.

L. K. R. : Les fans de Michael Jackson arrivent juste après, ils sont fêlés aussi. Lorsque Nick a chroniqué Invicible pour Libération, qui est un album merdique, nous travaillions tous les deux pour le journal mais en tant que pigistes. Nous écrivions à distance, donc. Pas dans les locaux.

Quand la critique de Nick est parue (lien ci-dessous), des coups de fil et des lettres d’insultes ont occupé le standard et le service courrier de Libé pendant quelques semaines. Les fans étaient fumasses et voulaient vraiment casser la gueule de Nick !

« On ne fait pas ça à Michael, on va venir chez Libération voir Nick Kent, cela ne va pas se passer comme ça ! »

N. K. : Tout le monde sait que Michael Jackson était extrême, mais il y a une différence entre l’excentricité et la folie la plus profonde. Syd Barrett était dingue, Brian Wilson est probablement excentrique au dernier degré, Jackson était fou. Totalement. Et il s’entourait très mal.

L. K. R. : J’ai réussi à approcher Elvis My Happiness, le fan-club français d’Elvis, à force de basses flatteries et devenir ainsi copine avec le président.

Dans le cadre d’une émission à Memphis pour les trente ans de la mort du King en 2007, le gus se lève et prend la parole : « On fait la confusion entre les mots drugs et drugstore, et je peux vous affirmer qu’Elvis ne se droguait pas, on parle bien de quincaillerie ». Ils sont totalement révisionnistes.

(Quatorze drogues ont été retrouvées dans le corps du King lors de l’autopsie dont des Quaaludes, de la morphine, de l’amitriptyline et de la péthidine. Un régal pour le médecin légiste.)

Presley avait cinq médecins attitrés qui lui prescrivaient des drogues mais ne se consultaient pas entre eux...

N. K. : Michael Jackson est l’Elvis numéro 2.

L. K. R. : Il se fournissait en Floride, c’est l’Etat américain le plus permissif en terme de drogues. Elles sont tellement bonnes que les junkies y deviennent des zombies cannibales !

N. K. : Comme le disait George Harrison, il y a là une sorte de pacte faustien que les Beatles ont également enduré : « Les fans nous donnent leur argent et leur adulation et ce que nous leurs devons en échange affecte jusqu’à notre système nerveux ».

La situation a consumé Jackson et Elvis qui ne pouvaient plus sortir de chez eux. Le syndrome Howard Hughes. Les drogues aidant, ils n’ont plus pu faire autre chose que des disques et se produire sur scène, les deux raisons pour lesquelles Dieu a voulu leur présence sur Terre.

Les Beatles n’étaient pas dingues, pourtant.

Michael Jackson et le King étaient laissés à eux-mêmes et ne pouvaient faire confiance à personne. Les Beatles s'épaulaient et comptaient les uns sur les autres du temps où le groupe existait encore. Les Rolling Stones étaient cinq et donc plus forts qu’un seul individu. C’est propre à la nature humaine, c’est aussi simple que cela.

Tu as rencontré les Beatles ?

Pas Lennon, non. Je ne me suis jamais retrouvé dans la même pièce que lui. J’ai croisé Paul McCartney à plusieurs reprises mais il n’a jamais fait l’effort de me venir me saluer. Je me demande bien pourquoi !

Ringo, je l’ai rencontré dans les seventies à Hollywood alors qu’il était passablement aviné, en compagnie de sa clique de pochtrons lourdingues : Keith Moon (le batteur des Who) et Harry Nilsson (le chanteur de Without You, repris ensuite par Whitney Houston). Il m’a traité de tarlouze !

Toute personne qui les approchait à l’époque se faisait insulter : « OK, tu passes à proximité de nous alors on va te sortir des saloperies ! »

Si c’était une nana, elle avait droit à : « Tes seins sont dégueulasses, t’es un boudin mais on va te baiser quand même » !

L. K. R. : Ça doit être agréable à entendre de la bouche d'une reine de beauté telle que Ringo...

N. K. : Voilà le récit de ma rencontre avec Ringo Starr !

Les affreux jojos : Ringo Starr, Harry Nilsson et Keith Moon. Il manque John Lennon sur la photo qui passa avec eux son "Lost weekend" de débauche qui dura finalement plus d'un an.

Les affreux jojos : Ringo Starr, Harry Nilsson et Keith Moon. Il manque John Lennon sur la photo qui passa avec eux son "Lost weekend" de débauche qui dura finalement plus d'un an.

Bon, ma rencontre la plus marrante avec un Beatle est celle avec George Harrison. Ron Wood et Keith Richards organisaient un concert pour la sortie du merveilleux premier album de Ron (I’ve Got My Own Album To Do). Pour l’anecdote, les Sex Pistols ont resquillé en passant par le toit.

On attendait que le concert démarre dans le hall. J’aperçois une connaissance en train de discuter avec un type qui ressemblait à George Harrison. Chrissie Hynde, avec qui j’étais à l’époque, se précipite vers lui en lui disant un truc comme : « Waouh, c’est dingue, tu ressembles vraiment à George Harrison ! ».

Là, le mec nous regarde Chrissie et moi comme si on venait de sortir en rampant de la cuvette des chiottes ! Flippant. On s’est barré direct elle et moi. Vu ses yeux, je pense qu’il était défoncé à la coke et je me rappellerai toujours de son air de dégoût lorsqu'il nous a dévisagés...

Vingt ou vingt-cinq ans plus tard, je me pointe à un concert hommage à Bob Dylan pour son cinquantième anniversaire. Il y avait là Bruce Springsteen, Neil Young, Lou Reed.

Et là, qui se pointe pour me parler ? Chrissie Hynde, en compagnie de George Harrison : « Il faut absolument que je vous présente ! »

C’est marrant cette histoire, parce que cela tranche radicalement avec l’image peace & love qu’Harrison a voulu donner pendant sa carrière.

George Harrison n’était pas peace & love du tout !

L. K. R. : Oh ça va, il aurait pu t’envoyer un verre dans la gueule comme John Bonham !

(A suivre en cliquant sur le lien ci-dessous)

John Bonham, le batteur de Led Zeppelin : pas tibulaire mais presque.

John Bonham, le batteur de Led Zeppelin : pas tibulaire mais presque.

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