Après David Bowie en janvier, c'est au tour de My Bloody Valentine de faire parler la poudre : un nouvel album vient de paraître après 22 ans de quasi-silence, le 2 février.
Ce groupe irlandais a publié notamment deux albums merveilleux en 1988 et 1991, Isn't Anything et Loveless, qui se sont mal vendus en dépit de leurs titres franchement optimistes. Leur influence sur les décennies suivantes est néanmoins colossale, à l'instar du Velvet Underground auquel on l'a souvent comparé. Mais, contrairement à ce dernier, My Bloody Valentine n'a jamais pondu de scie comme Sunday Morning, entendue ad nauseam dans les publicités.
Vous pourrez trouver l'album à la banane du Velvet (The Velvet Underground & Nico) dans la discothèque de vos amis qui tâtonnent encore question musique, entre une compilation de Police et le premier album de Manu Chao. Mais si vous dénichez Isn't Anything ou Loveless chez une connaissance, le constat est sans appel : vous êtes chez une personne de goût qui devrait compter dans votre vie amicale.
Une mienne connaissance mâle avait développé un principe selon lequel elle aurait été prête à baiser n'importe quelle fille possédant un disque de My Bloody Valentine. Cet ami proche ne prenait donc pas beaucoup de risque étant donné sa réputation à l'époque : peu de nanas auraient accepté de le laisser rentrer chez elles sans la surveillance d'un tiers.
J'avais trouvé sa démarche intéressante même si je crois qu'il se serait volontiers tapé une fan de Bonnie Tyler, étant donné que sa vie sexuelle d'alors ressemblait à la traversée du désert de Gobi.
Kevin Shields, tête pensante de My Bloody Valentine, est content : on lui a filé l'adresse du coiffeur de Florence Cassez.
Brutale et totalement envahie par les larsens et le bruit blanc, la musique de My Bloody Valentine a ceci d'admirable qu'il s'en dégage une fragilité et une émotion uniques. Pas de virtuosité gratuite ou de tour de force ici, il faut tendre l'oreille pour déceler des mélodies splendides dans ce qui ressemble à un gros tas de merde sonore totalement hostile à l'oreille non-initiée. Les voir en concert est une expérience éprouvante, même avec trois paires de boules Quies dans les oreilles.
Version courte du morceau Soon, extraite du chef-d'oeuvre Loveless. La nénette qui danse comme une femme-enfant débile est Bilinda Butcher. Elle a super bien veilli, c'est un avion de chasse.
Que dire du nouvel album, sobrement intitulé m b v ? Tout d'abord que son écoute est déroutante, parce que les nouvelles chansons reprennent les choses exactement là où le groupe les a laissées en 1991. Ce disque semble surgit du passé : les compositions auraient pour la plupart être publiées sur Loveless. S'agit-il d'enregistrements récents ou du résultat de sessions jugées indignes d'être publiées à l'époque ? Les recherches sur Internet ne permettent pas de répondre à la question. Je précise que j'ai un emploi salarié et que je n'ai pas que cela à foutre non plus, même si la réponse m'intéresse grandement.
J'ai fait une croix sur toute vie sociale depuis 22 ans et cessé de me laver dans l'attente de ce disque. Si on n'atteint pas les sommets d'antan, le résultat est franchement très digne. J'en suis à ma 27ème écoute de m b v et je vous garantis qu'on y trouve de très belles choses. La peur de la déception était très forte, j'aimais l'idée que le meilleur groupe de rock du monde en son temps ne puisse plus créer : drogues, incapacité à créer, lâchage de la maison de disque ne pouvant plus financer un tel gouffre créatif.
La chanson qui me touche le plus, pour le moment, est New You. Je trouve ça beau. De cheval.
Si vous manquez de temps ou d'envie pour vous plonger dans le monde merveilleux de My Bloody Valentine, je vous invite à changer d'avis : je vous transmettrai les coordonnées de mon pote. Il est devenu plus fréquentable avec le temps.

