Jadis accessoire indispensable du hipster à la coule, la célèbre marque représentée par le vieux beau d’Urgences (dont le nom m’échappe) est-elle en passe de devenir le symbole ultime de la beaufitude ?
Cette question fait débat au sein de la rédaction de votre blog préféré. C’est à un modeste pigiste débutant que cette même rédaction a décidé de confier le bébé, apportant la preuve s’il en était besoin qu’Acide et Museau sait donner leur chance aux jeunes en leur confiant des sujets de société bien pointus.
L'ambiance est bonne chez Acide et Museau. On peut mettre des fringues blanches ou bleues, c'est comme on veut.
Avouons-le : le concept Nespresso plonge le quidam ayant un tant soit peu d’ambition en matière de prescription et s’enorgueillissant de détenir un avis incontournable sur ce qu’il faut avoir ou pas, dans des abymes de doute. Quand on ne se prend pas pour une charrette, doit-on posséder une des ces machines à capsules ?
A ce point de l’article j’ai bien envie de développer selon un axe franchement révolutionnaire : thèse. Antithèse. Synthèse.
Vous l’avez remarqué, des cafetières vaguement design aux noms ridicules, si possible à consonance italienne, ont envahi les cuisines de tout un chacun. Vous en avez une vous aussi, forcément. Les Pixie, Maestria et autres Essenza ont colonisé les plans de travail du monde entier, à la manière, jadis, des yaourtières SEB (c’est bien) et des grille-pains chromés.
Car ce qu’il faut vraiment admirer chez Nespresso, bien plus que leurs breuvages tout à fait quelconques, c’est la qualité du marketing. La France compte au bas mot 30 millions de fins gourmets en produits torréfiés à l’heure où je vous parle, là où 5 ans auparavant tout ce beau monde carburait au Grand-Mère, pissé par une cafetière filtre entartrée et parfois même réchauffé de la veille au micro-ondes.
On ne détaillera pas ici le concept de vente par quasi cooptation qui permet d’écouler les machines comme des petits pains, ou encore l’illusion savamment distillée d’appartenir à un club fermé de VIP triés sur le volet, que ces connauds arrivent à faire entrer dans la tronche du premier RMIste venu. C’est très fort, bravo.
Nous en étions donc là il y a deux ou trois ans quand soudain tout s’est accéléré : ma tata Monique, ma mère, mon beau-frère. Chaque putain d’être humain vivant dans ce pays possède maintenant une cafetière Nespresso. On voit tout de suite dans quel état d’inconfort cette situation peut conduire le bobo prescripteur dont je parlais plus haut. Pas question de revenir à la cafetière filtre pour autant mais enfin quand même… merde quoi, ça craint. Pourquoi ça craint. C’est ce qui fera l’objet de la deuxième partie (antithèse).
Evacuons dans un premier temps l’argument écologique. Je me branle pas mal de l’avenir de la planète et j’avoue sans honte que les empreintes écologiques et autre bilan carbone ne provoquent chez moi qu’un mortel ennui. J’ai donc choisi de manière complètement arbitraire de passer sur cet aspect pour me concentrer sur l’essentiel : le mojo.
Il n’est absolument pas raisonnable de contester le fait que, jusque dans un passé récent, la machine Nespresso conférait à son détenteur une bonne dose de coolitude. Combien d’abrutis n’ont-ils pas fait faire un détour par la cuisine à leurs visiteurs pour leur faire admirer la bête, avec l’air satisfait de ceux qui sont au cœur du truc, qui ont tout compris. Et vas-y que je mets l’accent sur la sobriété et l’esthétique de la cafetière, que je te propose des capsules colorées dans un petit tourniquet à la con « tu le préfères fort ou pas fort ? Je te conseille de lire le petit descriptif avant de faire ton choix, les caractéristiques de chaque café y sont détaillées, l’Arpeggio est divin, corsé et subtilement acidulé… »
Tout ça dans la bouche de mecs chez qui on s’était vu proposer une bonne tasse de Maxwell qualité filtre instantané peu de temps auparavant.
Ajoutons que « l’amateur de café » qui sommeille en chacun de nous se couvre volontiers de ridicule en prenant des poses pénétrées et en abusant d’adjectifs à rallonge, dont aucun n’est assez profond pour qualifier le divin breuvage. Moi qui vous parle, j’ai pris de bonnes crises de fou rire à écouter déblatérer doctement nombre de glands se pâmant littéralement en déglutissant leur expresso par petites lampées.
Soyons honnête, la plupart des capsules Nespresso se laissent boire. Soyons honnêtes mais soyons surtout sérieux. Vous pensez vraiment qu’il existe en France plus de 250 personnes capables d’apprécier réellement un bon café ? Non, bien évidemment. Et ça tombe bien parce que Nespresso c’est plus ou moins la même merde que le reste, sauf que ça en jette plus.
Bon voilà, j’ai pas la place pour une synthèse, et ça tombe finalement pas trop mal car je ne saurais pas quoi y foutre. Je vais donc mettre fin à cet article de manière abrupte et sans autre chute qu’un banal « Au revoir ».
Estimez-vous heureux, je vous épargne le « what else ? » de rigueur qui a toujours de la gueule en fin de copie sur un tel sujet.
Au revoir…






