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Acide & Museau

Acide & Museau

La colère est une courte folie

Gégé la frite

Publié par Arabe iata sur 17 Décembre 2012, 14:11pm

Mi novembre, 13h10. Pont de la Concorde,

Face à l’Assemblée Nationale, le feu est au rouge. Embouteillage digne du pétage de plomb de Michael Douglas dans « Chute libre ».

Un gros type affalé sur son scoot blanc s’avance à coté de mon vélo, attendant placidement que le feu passe au vert. Il lève sa visière pour me demander si «C’est pas trop galère le vélo sur Paname, quand on n’a qu’une seule vitesse dessus ? ». Là, je fais mine de pas être impressionné par le fait que c’est Gérard « ma couille » Depar-God himself qui vient de m’interpeller. Quand je lui réponds, bien à l’aise, que ma bécane à pédales est bien pratique pour esquiver les bouchons, il reste dubitatif (et evidemment un peu bourré aussi).

Je lui lance « Viens (eh oui, JayJay te tutoie à tire larigot, alors on lui rend la pareille), on se fait une petite course ? Tu verras bien». Face à un gars de cette trempe, faut pas se dégonfler.

Et ben le Gégé, il a tracé, direct sous mes yeux. A fond les manettes.

Tout droit, voie de bus à contre-sens, bourgeoises épouvantées, flics impassibles. Au 6ème feu rouge d’affilée grillé (sans même ralentir), j’ai lâché l’affaire, regardant s’éloigner ce quintal sur roulettes, et me disant que même à Bangkok ou Naples, j’avais jamais vu un oiseau pareil (1 semaine plus tard, il aura un accident sur le même scooter, avec 1.8g dans les veines).

Je vous rappelle qu’on a affaire à un type qui se soulage en plein vol au milieu de l’allée d’un avion devant les autres passagers. Faut pas lui en vouloir, son embonpoint lui masque l'appendice depuis environ son rôle dans « Green card ».

Avec Depardieu, c'est au choix une golden shower ou un 125 cm3 dans la figure. Et ça a quand même une autre gueule que les frasques de Didier Morville et son suave contact auprès du personnel naviguant.

Il est comme ça Gérard. Un sympathique malade. Un vrai bonhomme, comme on veut plus en faire. Un gars sorti de Striptease, qui aurait d’office la double nationalité Belge/ Grolandaise. Il ne sort pas de la tribu de Lautner, mais c’est une certaine idée de la France à lui tout seul, coincé entre les fantômes de Dewaere, Léotard et Colucci, qui ont eu la délicatesse de nous laisser avant de finir en vieux cons. Un géant fils de prolo, qui trimballe ses 150 millions d’euros comme un cabas de poireaux. Et quand les autres font un triple pontage, lui s’en offre un quintuple (à 52 ans). C’est plus un cœur qu’il a ce mec, c’est carrément le péage de St. Arnoult.

Depuis 1965, on l’a vu afficher sa carcasse de déménageur, sa gueule d’ange forain et son tarin à planter des betteraves dans plus de 200 films, pièce de théâtres, publicités, et chansons, avec une palette à faire passer l’Actor’s Studio pour une école Montessori. On a tous eu notre petite claque devant Campana (La chèvre), Jean de Florette, Rodin (Camille Claudel), Cyranno, Christophe Colomb, Bernard Barthélémy (Trop belle pour toi), Bob (Tenue de Soirée), Charles Saganne, Bernard Granger (Le dernier Métro), Danton, j’en passe. Qui n’a pas levé un sourcil quand il se descend TOUTE la boutanche de blanc dans Uranus (genre ils ont essayé de nous faire croire que c’était du thé. Après faudra pas s’étonner qu’il ne puisse pas attendre l’extinction du signal lumineux dans un Airbus).

Il a tout joué ce mec. Le sublime et l’insipide. Le beau-gosse et l’obèse libidineux. Le Nobel et la tantouze. Quand on regarde certaines daubes de son répertoire effarant, c’est à se demander s’il a déjà refusé des rôles. Un outre-mangeur. A part Hitler ou Moby Dick (pour la baleine, pas Achab), je crois qu’il les a tous (sur)fait. Et coté carnet de fesses, c’est sévère aussi : Adjani-Deneuve-Bouquet. Le tiercé dans l'ordre, Môssieur. Il a même du essayer de choper la Casta sur Asterix. La conne n’a pas su ce qu’elle ratait.

Ce qu’on sait moins, c’est que cette gloire qui n’est désormais plus nationale, a aussi beaucoup donné dans le flouze. Du lourd. Car un mec qui palpe 7 millions pour nous faire croire qu’il cuisine mieux les pâtes qu’un rital (pour Barilla, mais aussi pour la sauce tomate Cirio), c’est plus un acteur, c’est un artiste.

Merci au passage pour sa splendide image de french lover véhiculée début des nineties dans la sub-culture internationale, quand le summum du français, c'était le style armoire à glace bouffeur de foie gras, mais au coeur si tendre.

Et forcément, un ogre pareil, ça donne dans la grappe, en scooter ou en terroir. Gérard, c’est pas un siroteur de capsule comme cette baltringue de Clooney ! Car avec en moyenne quatre longs métrages par an depuis 40 ans, il a quand même trouvé le temps et l’énergie pour acquérir des vignobles en Anjou, en Italie, au Maroc et en Algérie, chez son bon pote Khalifa. Restos, hôtel, brasseries, poissonnerie, rien ne lui résiste, mais aussi exploitation de pétrole à Cuba. Oui parce qu’entre son soutien à Mitterrand et son encouragement à voter Sarko (à deux reprises), il nous a fait un petit virage coco au milieu. C'est sûr qu'une veste taille 62, ça se retourne comme un drap de lit.

En fait, Néchin, si ça se trouve, il y va parce qu’il y a du gaz de schiste en dessous.

 

Alors, alors, tout ce pataquès pour une étiquette indigne, un « évadé fiscal » ? Le premier ministre himself qui le traite de « minable », c’est le funérarium qui se fout de l’hôpital. Tandis que le poil d’autres se hérisse à la vue de son hôtel particulier à vendre pour 50 millions. Maisonette très simple, avec Garcia en maroufleur suprême.

Dis-donc Jean-Marc, quand t’auras tourné sous Audiard, Truffaut, Blier, Pialat, Duras, Gainsbourg, Barbet Schroeder, Berri, Godard, Chabrol, Miller, Resnais, Rappeneau, Bertolucci, Gatlif, Branagh, Techiné, quand t’auras laissé un fils prodige crever sur un lit d’hôpital, quand tu te seras tapé une James Bond girl, on reparlera du mot minable.

 

C’est poilant, il a tellement tourné qu’on peut retrouver dans ses déboires de vie des extraits de ses rôles : sur France Inter (cette radio qu’il ne paiera plus) ce matin, un journaliste qui se demande comment il en est arrivé à calculer la somme de ses impôts depuis 40 ans « Je le vois mal récupérer toutes ses feuilles d’impôts et sortir sa calculette ». C'est tiré de "Mammuth" :

Lisez la bafouille de l’intéressé dans le JDD. On lit entre les lignes le ton faussement blessé, alors qu’en vérité il s’en fiche royalement. Il sait qu'il fera encore des films quand Valls aura remplacé Ayrault.

Vas-y ma couille, va planquer tes biftons. De toute façon y’a plus de place pour toi dans le répertoire, On attend ta révérence dans le biopic de Strauss-Kahn par Ferrara (avec Adjani dans le rôle de Mme pull mohair), qui promet un sommet de classe. Et puis, tu vieillis mal sous les nattes rousses d’Obélix version tapette, où tu t’adresses à un public qui ne comprend plus les noms des personnages.

Mais avant, fais-moi ce petit plaisir, balance-nous cette dernière tirade que tu faisais si bien. Tu sais bien, celle qui termine par un truc du genre :

« Je sais bien qu’à la fin vous me mettrez à bas ;

N’importe : je me bats ! Je me bats ! Je me bats !

Oui, vous m’arrachez tout, le laurier et la rose !

Arrachez ! Il y a malgré vous quelque chose

Que j’emporte, et ce soir, quand j’entrerais chez Dieu,

Mon salut balaiera largement le seuil bleu,

Quelque chose que sans un pli, sans une tache,

J’emporte malgré vous,

Et c’est… c’est… Mon panache. »

Sans délirer, Chanel aurait du le choisir lui pour le dernier spot N°5, au lieu de l'autre lavette décolorée de Brad.

La dernière french gueule quoi.

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